Dans la ville blanche

-2010-2011-
Dans la ville blanche, une ambiance fiévreuse règne à coup de klaxons de voitures, de bruits de mobylettes pétaradantes et d’habitants foulant ses trottoirs, le pas pressant, le visage fermé, le regard insistant. Une mouette au large, un gosse qui fait la manche, les pickpockets à l’affût d’une victime facile, une charrette tirée par une mule, une avenue embouteillée : marcher Dans la ville blanche, revient à explorer un ouvrage sur la psychologie et la sociologie. Entre passions et routine, quotidien et vocation, angoisses et certitudes, drames et espoirs, ici Dans la ville blanche, chacun relate une histoire extraordinaire. Son histoire. Ses sentiments. A l’opposé des clichés touristiques et des représentations négatives, ce web-documentaire invite à la (re) découverte, visuelle et sonore, de ces Hommes et ces Femmes qui constituent le visage de Casablanca. Un visage aussi passionnant qu’inquiétant pour moi qui suis née et qui vis Dans la ville blanche.

Nous avons dans notre entourage, des personnes auxquelles nous ne prêtons pas une grande attention, qui nous exaspèrent par leurs comportements et que nous jugeons et cataloguons sans vraiment prendre le temps ni la chance de les connaitre. ‘L’incertain’ et moi n’étions pas ce que l’on peut appeler des amis, juste des connaissances qui ne cherchaient pas à tomber le masque. Ce portrait me tient particulièrement à cœur, car j’ai réussi à raconter ‘l’incertain’ non pas d’après ce que je pensais de lui mais d’après ce qu’il est vraiment.

Dans un quartier populaire de Casablanca, au détour d’une ruelle se trouve le local du pâtissier traiteur, qui accepte non sans rechigner de me raconter sa vie. Très vite, il se livre  moi, ne m’épargnant aucun détail aussi personnel soit-il. Je le sens fragilisé et atteint par la vie, il avait trouvé en moi une oreille qui l’écoutait sans le juger. J’ai fait le choix de faire abstraction de certains de ses propos dans la réalisation du portrait. L’essentiel est là, le reste lui appartient.

Portrait supprimé

Hassan, le troisième portrait pour Dans la ville blanche, est aussi le plus éprouvant. Il m’a fallu de longues semaines de persuasion pour bénéficier d’un peu de temps avec Hassan. Je me rappelle d’un homme méfiant et inquiet par ma démarche non rémunérée. Ces conditions difficiles m’ont obligé à enrichir le portrait par plus de détails et d’angles originaux. Grâce à ce portrait, je regarde les gardiens de voiture avec plus de compassion.

Hayat, la veuve, est mon deuxième portrait pour Dans la ville blanche. Contrairement aux autres portraits, je commence par prendre des photos de son intérieur  avant de recueillir son témoignage. Un intérieur qui reflète sa précarité et ses moyens restreints. Je ressens une grande culpabilité face à cette femme, suis-je dans l’obligation de montrer certains détails de son intérieur dont elle n’est pas fière ? Je décide de prendre son aval avant chaque photo contenant des détails d’une vie très rude. Son portrait lui a permis de bénéficier de la générosité de bienfaitrices, touchées par son témoignage.

Mohamed est mon premier portrait pour Dans la ville blanche, un homme doux, simple et attendrissant. Je prends contact avec lui quelques jours seulement avant la réalisation de son portrait, je lui explique non sans difficultés mon projet et ce que je souhaite faire. Nous sympathisons très vite en laissant de côté nos méfiances respectives. Avec l’expérience du projet Exils, je sais qu’il faut toujours commencer doucement  avec des questions générales, pour faire connaissance, parler de moi au début, mettre la personne en confiance même si je ne le suis pas moi-même, jauger ses réactions pour pouvoir rebondir très vite et poser une question plus pertinente. Garder un certain recul, ne pas chercher l’émotion à tous les coups et respecter l’autre. Depuis son portrait, je suis devenue une habituée de son commerce, lui achète très souvent des fruits.