Pour fuir le chômage et la crise, ou simplement pour donner un nouveau départ à leur carrière, ils sont de plus en plus nombreux à quitter leur pays à la  recherche d’une nouvelle terre promise. Il ne s’agit pas d’immigration Sud-Nord, ni même Est-Ouest, mais d’un renversement des schémas devenus historiques : le Nord descend vers le Sud.

Venus en majorité d’Espagne et de France, de plus en plus d’européens inversent la tendance et viennent tenter leur chance au Maroc. Qu’ils soient jeunes diplômés, créateurs d’entreprise, ouvriers ou cadres, « les statistiques de l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (Anapec) sont éloquentes: en 2007, l’Anapec a délivré 1 947 attestations d’activité à des ressortissants étrangers. Un simple décompte fait ressortir qu’en cinq années, le Maroc a accueilli 10 300 nouveaux travailleurs légaux, toutes nationalités confondues. L’Anapec souligne que les Européens sont essentiellement représentés par les Français, les Espagnols, les Italiens, les Portugais… »
(Le Matin (Maroc), n°14 752, 06/06/2012)

Les études traditionnelles analysent principalement les mouvements d’immigration vers l’Europe ou vers les USA, très peu observent les flux d’émigration, en particulier à destination des pays qui ne représentent pas ces Eldorados semblant gagnés d’avance mais des challenges à relever, un risque réel à prendre.
Pourtant, avec la crise, avec l’évolution des équilibres économiques, de plus en plus d’Européens décident de se lancer dans cette aventure et de quitter leur continent pour une culture très différente, dans un contexte bien loin de l’arrogance des colonisations passées, vers un confort social incertain, mais un rêve de se créer, de s’accomplir dans ces conditions.

Casablanca

Julie est professeur d’anglais à Casablanca où elle est venue s’installer avec son compagnon Sébastien et leur fille Nina, il y a quatre ans de cela. Heureux nouveaux parents du petit Marceau, ils ne pensaient pas faire du Maroc leurs nouveau « chez eux ».
C’est Sébastien, architecte, attiré par l’émergence économique du pays et une liberté créative de plus en plus rare en France, qui décide de s’y installer avec sa famille.

Julie, femme dynamique venue sans promesse de travail à Casablanca, décroche rapidement un poste dans l’enseignement privé, tournant majeur dans une carrière commencée en France dans le secteur de l’imprimerie.

Le Maroc est souvent un pays vu par ses immigrants comme un point de passage… mais beaucoup choisiront finalement d’y rester.
Les histoires d’Enrique, Julie, Sébastien et Henri m’ont donné un aperçu de la nature de cette nouvelle migration Nord-Sud.

Tanger

Enrique, jeune espagnol diplômé en dessin industriel a quitté l’Espagne pour fuir la crise et la société de consommation qu’il condamne. Idéaliste, il tenta, dans un premier temps, de vivre au sein d’une communauté espagnole tournée vers la nature pour laquelle il s’occupait de l’élevage de chèvres.

Finalement, il rejoint son père, professeur à Tanger. Ce dernier dû quitter le Maroc en 2012 à l’expiration de son contrat de travail. Aujourd’hui, installé seul à Tanger depuis plus d’un an, dans une petite chambre d’étudiant, Enrique donne des cours d’espagnol et de dessin tout en finissant un Master pour devenir professeur de lycée. Pour autant, il ne souhaite pas s’installer à long terme au Maroc : pour lui ce n’est qu’une étape et il espère un jour retourner en Espagne ou tenter sa chance dans un pays d’Amérique latine.

Marrakech

Henri, chef d’entreprise installé à Marrakech depuis plus de 6 ans, a fait le choix de suivre ses parents, attirés au Maroc par une qualité de vie et un climat plus doux que leur terre natale.

Créatif, artiste, il travail en relation avec les hôtels et riads locaux, et envisage comme prochain projet d’ouvrir sa propre maison d’hôtes, familiale, sur place. Pour autant, malgré l’attachement qu’il éprouve pour le Maroc il ne pense pas s’y installer définitivement.